Plus à l’est, ce sol fait de sables fauves et d’argiles où la vigne donne les meilleurs résultats disparaît. Il existe une grande différence en fonction des cépages, le Saint-Emilion (Ugni blanc) étant plus fin, le Baco plus rond, plus dur, plus “physique”.

La distillation apporte elle aussi des différences car il est permis de distiller dans des alambics à repasse de type charentais (comme le Cognac), ce qui donne des eaux-de-vie plus souples, commercialisables bien entendu plus rapidement, ou bien dans des alambics armagnaçais à coulée continue à 55°. Bien que l’eau-de-vie soit, dans ce cas, plus longue à vieillir, elle y gagne en caractère.

Enfin, il y a le vieillissement, avec pour critères la qualité du bois des pièces et l’atmosphère du chai. La majorité des professionnels s’entendent pour dire que le meilleur bois pour vieillir un Armagnac est le bois de chêne pédonculé des forêts environnantes (Monzin), séché 6 ou 7 ans, bien fendu, bien échaudé, pas trop tannique et pouvant conserver une eau-de-vie plus de dix ans.

Le vieillissement s’effectue dans des pièces de 400 litres entreposées dans des chais différents. Dans les chais humides exposés au nord, sous la maison, l’eau-de-vie perd beaucoup de degré et vieillit vite. En 10 ans, elle en ferait 20 si on ne la montait pas ensuite dans un chai sec, où elle diminue davantage de volume et vieillit plus doucement.

Avec tout cela, les Gascons auraient bien tort de ne pas sauvegarder ce privilège qu’ils sont les seuls en France à s’être octroyé : celui du millésime, c’est un “plus” dans le cas d’une excellente eau-de-vie provenant des meilleurs terroirs de grand Bas Armagnac, bien distillée et surtout bien vieillie. Encore faudrait-il mentionner sur chaque bouteille millésimée la date de l’embouteillage, car l’Armagnac, comme tous les alcools, ne vieillit plus en bouteille (pour mémoire, et pour exemple, n’oubliez pas qu’un Armagnac de 1945 embouteillé en 1950 n’a en fait que 5 ans de vieillissement, malgré son âge quasi canonique…). J’ai eu la chance de savourer plusieurs très vieilles bouteilles, dont un bon nombre avec les Darroze, et notamment des millésimées 1848 (vous lisez bien), 1878, 1900, 1959, 1966 (les deux vraiment splendides) ou 1970.

Enfin, il faut savoir qu’il n’y a pas vraiment de différences entre les vieux millésimes qui résulteraient de la qualité intrinsèque de la vendange. Ces différences sont dues à la qualité de l’eau-de-vie après distillation, donc à son origine, son mode de distillation, sans oublier la qualité du vieillissement.